
Lundi de Pentecôte, 28 mai 2012. Deuxième manche du challenge EBMC 2012 (East Belgium Marathon Challenge), après les Cimes de Waimes 85 km et avant le Raid des Hautes Fagnes 115 km. On parle ici bien sûr de mountain bike. Nous sommes donc à La Reid, sur la commune de Theux, pour le départ de l’Ardennes Trophy, sous un soleil de plomb déjà à 9h30 du matin. Le parcours s’annonce sec, très sec. Le Racing Ralph est de mise. Au programme, 2300m de D+ sur 91 km, rien que ça !
Dans le Top Box se mettent en place des stars comme Thomas Dietsch avec son maillot de Champion de France du Team Bulls, Sébastien Carabin, Gregory Van Sinaye, etc. Je m’aligne dans le premier box des non-licenciés, avec le dossard 249. Nous sommes 651 inscrits sur le 90km, 596 partants, et il y aura 414 classés (eh oui même avec une bonne météo ça fait du dégât un tel parcours). En additionnant les participants des 70 km et 50 km (qui se rassemblent dans les box suivants), on tourne autour des 1500 vététistes.
9h35. C’est parti. Ca commence par une grosse montée qui étire tout de suite le peloton sans heurts, parfait. Le parcours est très roulant, il n’y a pas trop de chemins étroits sur les premiers kilomètres, juste une descente sinueuse dans les racines où c’est pas évident d’être dans les roues car on voit les obstacles au dernier moment, mais sinon ce sont des chemins larges où chacun peut se mettre à son rythme. Après 20 km, premier ravito, et premier arrêt donc car je la joue « long terme » et « approvisionnement continu des ressources », ou, en d’autres termes, je compte bien dévorer sur la journée une bonne vingtaine de parts de la délicieuse Tarte de Franchimont que l’on trouve à chaque ravito !! Juste après ce ravito, on passe sur la ligne d’arrivée une première fois (qui est 70m de D+ plus haute que le départ, sur un site différent donc mais toujours à La Reid), où il y a du public, c’est sympa, puis tout de suite on s’engage dans un tracé en sous-bois, sinueux entre les arbres et les racines, tracé à la rubalise genre circuit de Coupe du Monde, super sympa !
J’ai trouvé les 20 premiers kilomètres plutôt faciles, sans raidard. Après ça se corse. La succession de montées raides / descentes raides commence, sans répit. J’adopte assez vite ma stratégie de marcher dans les montées les plus raides, car je marche assez vite dans ces cas-là et je trouve que ça permet de varier le type de sollicitation des muscles, donc je pense que c’est une bonne économie dans le but de pouvoir toujours pédaler fort jusqu’au bout dans les longues portions de roulage. Mais, au km 26, ma stratégie va être mise à mal, et même presque toute ma course d’ailleurs. Dans un passage un peu galère dans des grosses caillasses en montée, je suivais quelqu’un, et on arrive à un endroit où visiblement ça passait difficilement. Le gars ne déchausse pas, tente, se plante, doit déchausser, et alors je déchausse moi aussi, déjà bien engagé dans les caillasses en question, et malheureusement en posant mon pied à terre je ne fais pas gaffe dans la précipitation, je le pose sur des gros cailloux instables, le pied part en hyper-extension alors que je m’appuie déjà dessus et je m’étale sur le côté en heurtant le genou gauche sur une pierre. Grosse douleur. Entorse au pied. Hématome au genou. Je dois rester assis quelques minutes pour que la douleur passe. Là je fais l’inventaire : le genou, ça n’a pas l’air d’être sur une partie « fonctionnelle » de l’articulation, donc ça ira. Le pied, une fois le gros de la douleur passée, je ne le sens pas en pédalant. Donc je repars. Mais je me pose de sérieuses questions sur la réaction de mon pied au prochain portage !
Bon, au final, tout ira bien, le pied n’a quasi pas gonflé et je n’aurai pas particulièrement mal tout le reste de la course. J’ai juste été un peu « calmé », et ce genre d’épisode ça modifie toujours de façon un peu durable la façon dont on est ‘dans’ la course. Mais au final ça va et je recommence petit à petit à pédaler plus franchement et en confiance. Les kilomètres s’enchainent, toujours physiquement très exigeants, mais pas de zone de franchissement galère, pas de zone technique où on se dit ‘comment je vais passer un machin pareil ?’, bref ça avance. Les descentes sont aussi nombreuses et se font toutes à fond la caisse sur des cailloux et des racines. Souvent ça se passe comme ça : on s’engage à fond dans un chemin de cailloux sans freiner, on se fait secouer dans tous les sens, ça commence à faire bien mal aux bras, et là on voit ce panneau « SLOW » sur le côté, et on comprend vite en voyant devant soi une zone plus raide et de cailloux plus gros et de racines plus grosses, où là c’est sûr on ne passera pas à la même vitesse ; alors on serre les freins aussi fort qu’on peut avec ce qu’il nous reste de force dans les bras, et on s’engage dans la zone en question forcément trop vite par rapport à ce que la raison nous aurait suggérer, en se faisant chahuter encore plus fort, à une vitesse au-dessus de ce qu’on ferait de façon sensée si on n’était pas en course, et finalement on arrive au bout, sans être allé au tapis en se demandant d’ailleurs comment c’est possible, et complètement éclaté dans les bras, l’envie de se rasseoir, et c’est à peine si on a le temps de se dire « On est vraiment malade de faire ça, maintenant je me calme et je récupère un peu », que se présente devant nous une nouvelle montée petit plateau dont on ne voit pas le bout. Voila en gros le scénario qui se répète en permanence sur cette course. Et donc, vous comprenez le bonheur de retrouver des parts de Tarte de Franchimont à volonté sur les 4 ravitos du parcours !
Au niveau du matos également le vélo en prend plein la gueule. Mais le Grand Canyon a tenu bon ! J’étais donc équipé en hardtail 26’’ + SID 100mm (réglée plutôt ‘rendement’ que ‘confort’) + Racing Ralph 2.25 à l’arrière gonflé à 2.9 bar + Nobby Nick 2.25 à l’avant gonflé à 2.7/2.8 bar. Donc, ça secouait pas mal et j’en prenais plein les bras, mais au moins je n’ai pas pincé ! En quand il fallait Pédaler avec un grand P, là le Canyon répondait présent et plutôt deux fois qu’une ! Ce qui est cool c’est qu’il y avait des postes d’assistance technique aux ravitos et on pouvait remettre du lubrifiant sur la chaine (parce qu’après 15 bornes et déjà 4 ou 5 passages de gué de 20/25 cm de profondeur dans le ruisseau, la chaine n’était plus vraiment huileuse et couinait comme pas possible).
Le passage au Château de Franchimont était bien sympa, c’est un peu le passage renommé de cette course, une montée assez dure pour y arriver et en haut du public et des gens en costume traditionnel avec des cors de chasse. Sympa. Et la Tarte éponyme, bien sûr !

C’est de plus en plus dur mais ma gestion de l’effort est bonne et je n’aurai pas de coup de barre. Je commence à penser au chrono et me dis que c’est jouable de passer sous les 6 heures, ce serait sympa. Juste avant le 4ème ravito, au km 80, gros bouchon de peut-être 30 coureurs à un endroit super dur, à pic avec une approche difficile, où on passe tous un par un sur les fesses en tenant son vélo comme on peut. On doit patienter plusieurs minutes, je commence à vouloir blaguer dans la file puis me rends compte que TOUS les coureurs autour de moi sont néerlandophones, ils ne me répondent pas mais parlent entre eux en flamand, je ne comprends rien, moment de solitude…. En bas, je demande aux gens du ravito qui me disent que les premiers ont passé ça sur le vélo !!!! D’ailleurs, en parlant des premiers, sachez que c’est Thomas Dietsch qui a gagné (yessss !!!!!!! je suis un grand fan de Thomas Dietsch depuis que j’ai commencé le VTT il y a presque 15 ans, c’est une figure dans le milieu, très sympathique et qui a fait quasi toutes les plus grandes courses de la planète et au top niveau ; je l’ai vu au départ hier, il avait trop la classe le grand Thomas en maillot bleu-blanc-rouge sur son Bulls 29 pouces ! ), devant Sébastien Carabin. Pour info je mettrai 2 heures de plus qu’eux…
Il reste 11 km après le dernier ravito, ça commence à sentir bon l’arrivée. Une sorte de boucle dans la forêt au Nord-Ouest du centre de Spa (on voit la route Theux-Spa en contrebas, je sais qu’on doit la traverser avant de se diriger enfin vers la dernière montée d’arrivée, mais non, on s’engage dans une loooonnngue montée vers l’opposé de cette route , argh…), et donc après cette montée-descente encore bien casse-patte dans cette forêt (où je reconnais des passages du trail Spa-Olne de l’an dernier), on traverse enfin la route Theux-Spa, on s’engage dans ce petit chemin qui monte, avec 88 km au compteur, et là on voit ce panneau : « côte n°1 » (il y avait 20 côtes répertoriées sur le parcours, numérotées de façon décroissante), 2400m de long, le dénivelé et le pourcentage moyen. Et je sais qu’en haut il reste seulement 1500m dans le sous-bois pour atteindre l’arrivée. J’ai encore du jus et je la monte assez fort, doublant pas mal de monde, dont un coureur du club d’Aywaille avec qui je venais de sympathiser brièvement dans la côte précédente alors qu’il était pris de crampes. On s’encourage mutuellement (c’est sympa de trouver (enfin) un francophone ;-) ), et d’ailleurs on se reverra à l’arrivée où il reconnait Muriel et nous dit qu’il est le copain d’une volleyeuse que connait Muriel (j’espère ne pas perdre mes lecteurs avec ces anecdotes ;) ).
Ca y est, les derniers virages sur le site de l’arrivée, avec du public, de l’ambiance, et Muriel qui est là, venue me rejoindre à l’arrivée. Finish line. 5h55’ au compteur. Des coups de soleil. Les jambes en compote. Les bras explosés. Mal au pied et au genou. Ereinté. Juste envie d’une bonne Chimay bien fraiche. Ah merde, faut encore laver le vélo et se décrotter. Tiens, pourquoi ce grand sourire sur mon visage, qui ne s’efface pas ? Parce que c’est le pied !!! Bref, c’est juste le bonheur intégral du vététiste qui vient de s’amuser comme un fou pendant près de 6 heures et qui est aux anges d’accrocher une belle course de plus à son palmarès ;-) Comprendront les initiés !
Vivement la prochaine !!
PS : un dernier mot sur l’association Bikers for Life, avec Rafael qui a encore pédalé sur son home-trainer pendant des heures pour récolter des dons, et les autres bikers du groupe présents sur cette manche de l’O2MC après avoir roulé à Thuin la veille. Leur cause : la lutte contre le cancer du sein. Leur action : collecter des dons en roulant sur les manches de l’O2MC. Allez voir sur leur site :
















